La verrue de Montréal
Îlot Voyageur: décision cet automne
L'Îlot Voyageur pourrait être revendu ou développé par Québec.
© Archives/Agence QMI
Jean-Louis Fortin
31/08/2011 05h08
Québec promet d'annoncer cet automne ce qu'il adviendra de l'Îlot Voyageur, cet immense chantier abandonné depuis quatre ans qui défigure le centre-ville de Montréal, et dans lequel ont été engloutis 300 millions $ d'argent public.
À l'angle des rues Berri et Ontario se dresse depuis 2007 une carcasse de béton de huit étages, fissurée par endroits et recouverte de graffitis.
Les lieux, ceinturés d'une clôture métallique temporaire et défoncée, sont à quelques pas de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et du Quartier des spectacles, le joyau du maire Gérald Tremblay.
Voilà le triste spectacle qui s'offre comme carte de visite aux milliers de touristes qui débarquent à la Station centrale d'autobus de Montréal.
C'est le résultat d'un projet immobilier qui a mal tourné, une aventure conjointe amorcée en 2005 entre l'UQAM et le promoteur immobilier Busac.
Ce fiasco avait poussé le vérificateur général Renaud Lachance à blâmer sévèrement les gestionnaires l'UQAM ainsi que ceux du ministère de l'Éducation, en 2008.
Le recteur Roch Denis avait démissionné et n'a plus été revu depuis. Québec, de son côté, avait volé au secours de l'université grâce à une fiducie de 200 millions $ en deniers fournis par les contribuables.
Pour bientôt
Le dossier connaîtra bientôt un énième dénouement puisque le Conseil du Trésor a en main depuis un mois une étude de marché et un montage financier sur l'avenir du site, réalisés par la Société immobilière du Québec (SIQ).
«Il y a des discussions actuellement avec la SIQ quant à la vocation du site. Le gouvernement fera connaître ses intentions à l'automne 2011», a indiqué hier au Journal Isabelle Mercille, attachée de presse de Michelle Courchesne, la présidente du Conseil du Trésor.
Québec pourrait décider de retourner sur le marché afin de trouver un promoteur souhaitant acheter la structure et les terrains, acquis par le biais de la SIQ en novembre dernier.
Un autre scénario voudrait que la SIQ développe elle-même le site, avec des condominiums et des espaces à bureaux.
Plusieurs options
À la fin 2010, le député Sylvain Simard, du Parti québécois, estimait qu'il faudrait «entre 125 et 200 millions, au moins», pour finir la construction des étages supérieurs.
Quant au nouveau terminus d'autobus qui est en voie d'être achevé, au premier étage, sa gestion devrait être vendue au privé, après avoir été acquise par Québec l'an dernier au coût de 25,5 millions $.
Dans les derniers jours, tant la SIQ que le gouvernement Charest ont été avares de détails sur les options qu'ils privilégiaient.
Chose certaine, la vocation institutionnelle de l'Îlot Voyageur est définitivement chose du passé, car l'UQAM, qui a pourtant besoin de nouveaux espaces, n'est plus du tout intéressée par le site.
«Depuis que l'UQAM a été libérée de tous ses liens avec le projet, il n'y a eu aucune discussion concernant la location d'espaces», explique Francine Jacques, directrice des relations de presse de l'institution.
Selon elle, l'université privilégie plutôt le «réaménagement» des bâtiments qu'elle possède déjà afin d'accroître sa capacité.
«Très hâte»
Par contre, la Ville de Montréal, soucieuse pour son image de l'impact de ce chantier abandonné, suit le dossier avec attention. Selon nos informations, des rencontres ont eu lieu au cours des derniers mois entre les autorités municipales et le gouvernement au sujet de l'Îlot Voyageur.
«On a très hâte de voir un projet se développer. Mais le propriétaire actuel est le gouvernement du Québec, alors c'est à lui de prendre une décision», a dit Martine Painchaud, porte-parole au cabinet du maire Tremblay.
L'Îlot Voyageur aurait coûté 539 millions $ s'il avait été achevé, contre 332 millions $ prévus au départ par l'UQAM.
On s'active sur le site
Les Montréalais qui ont cru apercevoir de l'activité sur le site de l'Îlot voyageur, récemment, n'ont pas rêvé. Les derniers travaux d'aménagement du nouveau terminus d'autobus, au premier étage, ont commencé au printemps.
Au coût de 8 millions $, l'espace sera réaménagé pour permettre aux passagers d'y accéder, notamment grâce à un passage souterrain jusqu'à la station de métro Berri- UQAM.
«Les travaux visent à rendre le nouveau terminus pleinement fonctionnel. Tous les autobus vont l'utiliser», explique au Journal Christian Dumont, porte-parole de la Société immobilière du Québec (SIQ).
Depuis la mi-2009, les autocars viennent se garer au premier étage, mais l'endroit n'était pas aménagé pour les passagers.
La SIQ a déjà commencé à détruire une partie de l'ancien terminus, à l'angle du boulevard de Maisonneuve et de la rue Berri, pour que les lieux se prêtent éventuellement à du développement immobilier.
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Québec au secours de l'UQAM
Dette du Complexe des sciences: 180 M$
Subventions non méritées à cause du déficit, mais tout de même versées à l'UQAM: 85 M$
Dette de l'Îlot Voyageur: 200 M$
Rachat de l'Îlot Voyageur: 22 M$
Droits de gestion de la Station centrale d'autobus: 25,5 M$
Travaux pour relier l'Îlot Voyageur au métro: 8 M$
TOTAL: 520,5 M$
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Bilan de construction
En 2005, l'ambitieux projet de l'Îlot Voyageur prévoyait cinq composantes distinctes, mais seulement trois d'entre elles ont finalement été entamées.
Immeuble à bureaux:
Pas construit
Pavillon universitaire:
Pas construit
Résidences universitaires:
Squelette construit et abandonné en 2007
Stationnement souterrain:
Partiellement achevé
Terminus d'autobus:
En voie d'être achevé
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Mars 2005: L'UQAM lance le projet de l'Îlot Voyageur avec le promoteur Busac, sans aucune garantie gouvernementale.
23 novembre 2006: Pris avec une situation financière catastrophique, le recteur Roch Denis démissionne. Il a touché une allocation de départ de 173 000 $.
12 décembre 2006: L'UQAM annonce une première cure de minceur au projet, en promettant qu'il demeurera rentable.
Juin 2007: Les travaux des résidences étudiantes de l'Îlot Voyageur sont stoppés. Ils ne reprendront jamais.
Août 2007: le gouvernement provincial annonce qu'il épongera toutes les conséquences financières encourues par l'UQAM dans ce projet.
4 juin 2008: Le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, publie un rapport dévastateur. Il conclut à une «mauvaise gestion des projets immobiliers par le recteur et les deux gestionnaires de l'UQAM», ainsi qu'à une «gouvernance inefficace» de la part du gouvernement Charest et du conseil d'administration de l'Université.
17 novembre 2010: Le gouvernement provincial achète l'immeuble au promoteur Busac par le biais de la SIQ, ce qui évite une pénalité de 80 millions $.
2 août 2011: Le directeur des poursuites criminelles et pénales annonce qu'il ne déposera aucune accusation criminelle contre Roch Denis.
http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2011/08/20110831-050800.html