Publié le 13 septembre 2010 à 21h54 | Mis à jour le 13 septembre 2010 à 21h55
Aux yeux d'un homme d'affaires, le centre multifonctionnel du maire Bureau changerait la dynamique
Le catalyseur de la relance du centre-ville
Patrick Duquette
Le Droit
Quinze ans après s'être établi sur la promenade du Portage, l'homme d'affaires Jacques Parent croit que la Ville de Gatineau a enfin l'occasion de relancer le centre-ville avec son projet de centre multifonctionnel.
« C'est la plus belle vision que le conseil municipal a jamais eue de son histoire. On dit souvent que le maire Marc Bureau n'a pas de vision. Mais là, il vient d'avoir toute une vision », s'enthousiasme le promoteur immobilier.
C'est en lisant les journaux plus tôt cet été que M. Parent a appris le projet de la Ville : un amphithéâtre de 80 millions $ au croisement des rues Wellington et Montcalm, avec une patinoire pour les Olympiques, une salle de spectacles de 5000 sièges, une rue piétonnière, des boutiques, des commerces, des cafés...
« Ma première réaction a été : wow ! Qui a pensé à cela ? Cela fait 15 ans que je suis ici et je n'ai jamais pensé à cela », raconte-t-il. M. Parent a cependant vite déchanté devant les nombreuses réactions négatives suscitées par le projet.
S'il intervient aujourd'hui, c'est que M. Parent a l'impression que les détracteurs du projet d'amphithéâtre n'ont pas mis les pieds au centre-ville depuis longtemps. Et qu'ils ont oublié qu'une fois les 26 000 fonctionnaires de Place du Centre et des Terrasses Chaudières repartis à la maison, le centre-ville se meurt. Littéralement.
« Le soir, je roule les trottoirs et l'asphalte, et je les mets dans mon entrepôt », image-t-il.
Pari risqué
En 1995, M. Parent a pris un risque en faisant l'acquisition de l'ancien cinéma Cartier aux heures sombres de la promenade du Portage. L'ancien conseiller hullois Claude Bonhomme avait réussi à faire le ménage dans les bars du centre-ville, mais les locaux vacants étaient légions. Même les banques hésitaient à prêter de l'argent aux investisseurs. Au cours des années, M. Parent a vu les commerces voisins faire faillite les uns après les autres et passer d'un propriétaire à l'autre. « Je suis le seul qui soit resté ici depuis 1995 », laisse-t-il tomber.
En 1998, avec son associé Raymond Chauvet, il a acquis un stationnement juste derrière le cinéma Cartier avec l'idée d'y ériger des condos de luxe. Douze ans plus tard, le projet de 152 unités est sur le point de voir le jour, affirme-t-il.
« Ça fait 15 ans que je suis ici et qu'il ne s'est rien passé. Nous sommes les premiers à avoir risqué quelque chose sur la promenade du Portage avec le cinéma Cartier. Quinze ans plus tard, on s'apprête à bâtir le plus beau bâtiment de l'histoire de la Ville. Parce que le centre-ville, on y croit. »
M. Parent ne cache pas qu'il joue gros. Et cela le ramène à l'importance de relancer le centre-ville.
« On a rencontré environ 200 familles depuis 6 mois pour notre projet. Deux cents familles qui veulent vivre au centre-ville. Et la première question qu'ils nous posent est toujours la même : qu'y a-t-il à faire au centre-ville, le soir, quand on revient du bureau ? Pour le moment, ce que je vends, c'est Ottawa, le marché By, le Parlement à distance de marche. Parce qu'il n'y a rien à faire à Gatineau. »
5 millions en taxes
Un centre multifonctionnel viendrait changer cette dynamique, selon M. Parent.
Du coup, il faciliterait la construction de 1500 nouvelles unités de logements au centre-ville, pour la plupart des condos de luxe.
La vente des terrains de l'actuel aréna Guertin permettrait d'en construire 700 autres. De quoi rapporter, d'ici quelques années, quelque chose comme 5 millions $ de nouvelles taxes municipales... par année. « En cinq ans, c'est 25 millions $ de nouvelles taxes. Et ce serait comme ça année après année », rappelle-t-il.
En choisissant le projet de Brigil à Pointe-Gatineau ou même une rénovation de l'aréna actuel, Gatineau se priverait de tous ces revenus, dit M. Parent. Et retarderait de plusieurs années encore la relance du centre-ville.
Et qu'on ne vienne pas le fatiguer avec le manque de places de stationnement au centre-ville. De son bureau, Jacques Parent jette un coup d'oeil de l'autre côté de la rue où s'élèvent les édifices de Place du Centre.
« Chaque jour, on reçoit au centre-ville 26 000 fonctionnaires. Tous les jours ! Qui viennent en autobus, en autos, en camions. Et on me dit qu'on va congestionner le centre-ville avec un centre multifonctionnel de 5000 places, qui sera utilisé surtout le soir et les fins de semaine, alors que les stationnements sont vides ? Où est la logique ? »