Publié le 11 juillet 2009 à 05h00 | Mis à jour le 11 juillet 2009 à 11h16
Verdir le complexe G au lieu de le cacher
L'entrepreneur Denis Faucher et sa collègue Brigitte Lavoie rêvent d'installer des bacs de verdure sur les murs extérieurs de l'édifice Marie-Guyart, grâce à un nouveau prototype de fixation en aluminium.
Pierre-Olivier Fortin
Le Soleil
(Québec) Par la combinaison de différentes technologies, un entrepreneur de la Côte-de-Beaupré a trouvé le moyen d'installer sur les immeubles, en plus des toits verts, de la verdure sur toutes les surfaces. Et c'est payant! Son système a les accréditations nécessaires pour obtenir des crédits de captation de carbone. Son rêve : verdir le complexe G.
Qu'on aime ou non l'édifice Marie-Guyart, Denis Faucher, un entrepreneur qui habite à Château-Richer, propose de le verdir de la tête aux pieds. Il veut un toit vert comme on en voit déjà, mais aussi installer des bacs de verdure sur les murs extérieurs, les mêmes qu'utilisés sur le toit, à l'aide d'un nouveau prototype de fixation en aluminium.
Il l'avoue, le projet est un peu fou, mais «ce serait tout un monument pour la ville de Québec», rêve-t-il. Dans les années 90, c'est carrément lui qu'on traitait de fou, lorsqu'il proposait d'implanter la technologie européenne des toits verts au Québec. «Vous avez pas besoin de verdure; le Canada, c'est beau, c'est grand pis c'est vert!» se faisait-il répondre par ses patrons français.
Aujourd'hui, les toits verts sont plus à la mode. Des bacs de verdure Biotop ont été installés notamment sur le toit de L'Auberivière à Québec, et sur plusieurs immeubles de Montréal. On y cultive des légumes, un peu comme dans un jardin communautaire. Les avantages sont nombreux : les plantes absorbent la chaleur, diminuent les coûts de climatisation, régularisent l'écoulement des eaux pluviales, prolongent la durée de vie des toitures, et peuvent produire, en prime, jusqu'à sept livres de légumes par année!
Malgré toutes les vertus qu'on peut leur attribuer, les toits verts restent peu accessibles pour les propriétaires, et demeurent un phénomène relativement marginal. «C'est cher, c'est plus social qu'autre chose, c'est donc difficile à vendre», explique M. Faucher.
Mais ça pourrait bien changer. Denis Faucher a fait carrière dans le domaine de l'étanchéité et de l'isolation des bâtiments. «J'ai vu le potentiel du système Biotop, raconte-t-il. J'ai ensuite eu connaissance de la possibilité d'avoir des crédits de carbone» avec ce système. Les crédits de carbone sont transigés à la Bourse de Chicago par le biais d'un courtier à Montréal. Les pollueurs achètent des crédits, les écolos en reçoivent.
Bourse du carbone
En discutant avec le courtier, ils ont trouvé plusieurs astuces pour tirer profit de cette Bourse du carbone. D'abord, en combinant les bacs Biotop avec les bacs Liveroof, une autre compagnie du genre avec laquelle des bacs «prévégétalisés» peuvent être fixés aux murs, sur les toits ou les balcons. Ce duo permet de couvrir de verdure plus de 20 % de la surface d'un immeuble. Comme ces bacs peuvent servir à la culture maraîchère, ils ont ajouté un volet social à leur projet. Bref, cet amalgame de légumes, de bacs, de verdure et de fixations d'aluminium a valu à son système deux accréditations primées dans le domaine : Carbonsmart et Goldstandard.
Cette double reconnaissance vaut son pesant d'or sur le marché du carbone, et permet d'obtenir environ cinq fois plus de crédits. Pour verdir un immeuble de cette façon, un propriétaire pourrait recevoir environ 35 cents du pied carré, au prix actuel du marché, qui ne cesse d'augmenter. Le seul bémol vient donc de tomber : «On embellit, et c'est payant! On pourrait peut-être même autofinancer des toitures vertes!» s'exclame M. Faucher.
Économie locale
Autre avantage pour la région, il projette de cultiver les végétaux destinés aux bacs sur la Côte-de-Beaupré, ce qui aurait un effet positif sur l'économie locale.
Il voudrait que le premier projet réalisé à l'aide de ce système voit le jour à Québec, faute de quoi ce sera à Montréal où il aurait déjà signé pour plusieurs immeubles. L'édifice Marie-Guyart serait son rêve absolu, mais ce n'est pas une nécessité. Il a aussi des plans pour le Centre des congrès et, d'une façon ou d'une autre, le potentiel est énorme.
«Ridicule!»
L'un des concepteurs de l'édifice Marie-Guyart, Gilles Guité, «en rit à gorge déployée», de ce projet de couvrir l'immeuble de vert. Il n'a trouvé d'autres mots que «farfelu, ridicule», pour le décrire. Si certaines personnes n'aiment pas l'édifice, «le problème, ce n'est pas la couleur des panneaux! Qu'est-ce que ça va changer?»
D'abord, pour lui, fixer des plantes aux murs n'a aucun sens, puis, encore une fois, «ça dépend de la mode». Le maire de Québec, Régis Labeaume, n'avait quant à lui pas rappelé Le Soleil au moment de publier.
Source :
Le Soleil