Bicentenaire d’Ottawa et du canal Rideau: McKay, le plus important entrepreneur de Bytown
Par Michel Prévost, LeDroit
1er mars 2026 à 12h02
NOTRE HISTOIRE/ Ottawa souligne cette année deux anniversaires intimement liés: le bicentenaire du début de la construction du canal Rideau, amorcée en 1826, et la fondation de Bytown, qui deviendra Ottawa en 1855.
De nombreux entrepreneurs participent à l’édification du canal et au développement de Bytown. Toutefois, l’un d’eux s’impose nettement: Thomas McKay, maçon, architecte, homme d’affaires, politicien, propriétaire terrien, juge de paix et officier de milice.
Du canal de Lachine au canal Rideau
Né le 1er septembre 1792 à Perth, en Écosse, Thomas McKay épouse Ann Crichton le 20 juin 1813. Le couple aura 16 enfants.
Formé comme maçon dans son pays natal, McKay émigre au Bas‑Canada en 1817, la dépression suivant les guerres napoléoniennes l’ayant privé de travail.
Installé à Montréal, il œuvre de 1821 à 1825 aux côtés de son compatriote John Redpath comme entrepreneur pour l’aménagement du canal de Lachine. Cette expérience sera déterminante pour la suite de sa carrière.
Attiré par le vaste chantier du canal Rideau, McKay se rend à Bytown en 1826 et s’associe à d’autres entrepreneurs pour réaliser plusieurs travaux dans la région.
Un poste d’éclusage gigantesque
À l’automne 1826, le lieutenant‑colonel John By, responsable de la construction du canal Rideau, confie à McKay la maçonnerie d’un spectaculaire escalier de huit écluses s’élevant à 25 mètres au-dessus de la rivière des Outaouais. Il doit aussi ériger le bâtiment de l’intendance, aujourd’hui, le Musée Bytown. L’année suivante, McKay installe sa famille à Bytown.
Le chantier, l’un des plus audacieux du canal, devait durer deux ans. Toutefois, la présence de sources souterraines retarde les travaux, et les écluses ne sont achevées qu’en 1830.
Petite anecdote: les pierres devaient initialement provenir de Hull, riche en carrières. McKay convainc toutefois le colonel By d’utiliser la pierre extraite directement sur le site, une solution moins coûteuse et très profitable pour McKay et ses associés.
Un acteur incontournable du canal Rideau
À Ottawa, McKay joue un rôle majeur dans la construction du canal Rideau. On lui doit également les écluses de Hartwells, aujourd’hui en face de l’Université Carleton, et celles de Hogs Back. Il érige aussi deux des sept travées du pont Union, aujourd’hui le pont des Chaudières.
Le colonel By se montre très satisfait de son travail. À la fin du chantier, il offre à McKay et à Redpath une coupe gravée en argent. On estime que McKay aurait touché environ 30 000 £, soit l’équivalent d’environ 7,5 millions de dollars actuels.
Un centre industriel aux chutes Rideau
Issu d’un milieu modeste, mais devenu prospère, McKay acquiert des terres près des chutes Rideau et de Rockcliffe. Il y construit une scierie en 1832, puis un vaste moulin à eau l’année suivante. Il fonde ainsi un véritable centre industriel à New Edinburgh, dont il possède les terrains environnants.
En 1837, il ajoute une distillerie et la première fabrique de tissus de Bytown. Il s’implique aussi dans l’industrie forestière et obtient en 1843 une concession sur la rivière Gatineau. Il appuie également l’établissement du premier chemin de fer de Bytown.
Du château McKay à Rideau Hall
Homme parmi les plus fortunés de Bytown, McKay fait construire une élégante demeure de campagne de style Regency, comprenant 11 pièces et nichée dans un domaine de 65 acres. En 1865, le gouvernement loue cette propriété alors appelée «château McKay» pour loger le futur vice‑roi du Canada. Trois ans plus tard, elle est achetée pour devenir le noyau de Rideau Hall, résidence officielle des gouverneurs généraux.
En 1854, McKay fait également ériger une seconde résidence imposante en pierres. Sir John A. Macdonald, le premier premier ministre du Canada, l’acquiert en 1882 et la nomme Earnscliffe.
Thomas McKay meurt dans son manoir le 9 octobre 1855, à l’âge de 62 ans, des suites d’un cancer de l’estomac. Sa veuve y résidera encore plusieurs années. Le couple repose au cimetière Beechwood.
L’historien Edward Bush résume ainsi sa carrière dans le Dictionnaire biographique du Canada: « La carrière de Thomas McKay présente de multiples volets. Homme aux talents divers et à l’énergie débordante, qui ne devait en grande partie sa réussite qu’à lui-même. »
Une famille bien présente dans la toponymie ottavienne
Aujourd’hui, la famille McKay demeure très présente dans la toponymie d’Ottawa. Dans New Edinburgh, une rue porte son nom, tandis qu’une autre rappelle le nom de naissance de son épouse, Crichton. Les rues Alexandre, Charles et Thomas évoquent les prénoms de leurs fils, et la rue Keefer rappelle leur gendre, Thomas Keefer. Un lac de Rockcliffe perpétue également sa mémoire.
Une plaque de la Fiducie du patrimoine ontarien, située dans un parc en face de l’ambassade de France, souligne l’importance historique de ce pionnier de Bytown au 19e siècle.
Enfin, le 1er septembre 2012, le maire d’Ottawa, Jim Watson, proclame le 1er septembre, jour de l’anniversaire de naissance de McKay, Journée Thomas McKay.
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