Statue de Champlain à Ottawa: comment le compromis a évité le retrait
Par Sébastien Pierroz, LeDroit
Initiative de journalisme local
1er juillet 2026 à 04h03
Alors que le retrait de la statue de Samuel de Champlain à Orillia dans le sud de l’Ontario divise, Ottawa, qui abrite elle aussi une statue du fondateur de la Nouvelle-France, ne devrait pas connaître le même sort. En cause: le travail de réconciliation déjà mené ces dernières années.
Dans la capitale fédérale, la controverse autour de Champlain n’a pas été ignorée. Elle a plutôt été anticipée, puis désamorcée par un réaménagement du site et une nouvelle lecture du monument ces dernières années.
«Notre organisme a collaboré avec les communautés algonquines afin de s’assurer que le site reflète de manière équilibrée les histoires autochtones et non autochtones», indique au Droit la Commission de la capitale nationale (CCN), responsable du site qui accueille la statue de Champlain à Ottawa.
«Dans le cadre du réaménagement de la pointe Nepean en pointe Kìwekì, la statue de Champlain a été déplacée de son ancien emplacement dominant vers un endroit plus discret dans le paysage, de façon à ce qu’elle ne représente plus un récit unique et dominant, mais s’inscrive plutôt dans une interprétation plus large et inclusive.»
À Orillia, le retour éclair de la statue de Champlain au parc Couchiching Beach a ravivé une controverse jamais vraiment refermée.
Réinstallé le 21 mai, le monument a été retiré quelques jours plus tard après un vote municipal. Au cœur du malaise: la représentation des personnages autochtones, jugée hiérarchique et colonialiste par plusieurs, qui cristallise le débat entre préservation du patrimoine et réconciliation avec la Première Nation de Rama.
Saga d’un siècle
Mais des décennies avant le réaménagement de la pointe Kìwekì, rouverte en 2025, la statue de Champlain bien que replacée dans un emplacement moins dominant, avait été très décriée.
«Ça a été un des monuments les plus controversés de l’histoire», rappelle l’ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost.
Inauguré en 1915 pour célébrer le tricentenaire du passage de Champlain sur la rivière des Outaouais, le monument est complété en 1918, lorsque le sculpteur Hamilton MacCarthy y ajoute un éclaireur anishinabé agenouillé.
«C’était un éclaireur anishinabé, censé représenter l’aide des Autochtones à Champlain. Il devait être agenouillé dans un canot, mais on n’a pas eu le financement.»
Pendant des décennies, la scène ne suscite guère de débat. Puis, dans les années 1980 et 1990, la posture est dénoncée, raconte l’historien. En 1996, l’Assemblée des Premières Nations voile la statue. Trois ans plus tard, la statue de l’Anishinabé est retirée de la base du monument, puis déplacée au parc Major’s Hill.
«Elle était dans un endroit très discret et presque caché», regrette M. Prévost.
Finalement, l’éclaireur anishinabé est réinstallé en 2023 sur la pointe désormais nommée Kìwekì, mais séparé de Champlain.
«On a voulu dissocier l’éclaireur autochtone de la statue de Champlain», résume Michel Prévost.
Pas d’inquiétude pour le RPFO
Du côté du Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO), son président Francis Thériault se dit rassuré par la situation à Ottawa. Il rappelle que Champlain demeure «parmi les grands de notre histoire», tout en reconnaissant qu’à Orillia, la conception du monument «ne reflète pas les valeurs» de l’organisme.
Pour Ottawa, il ne craint pas un scénario semblable.
«Je ne suis pas inquiet», affirme-t-il, précisant que «le design de la statue fut modifié il y a quelques années pour les mêmes raisons qu’à Orillia».
Le président du RPFO y voit aussi une différence institutionnelle importante. Selon lui, la CCN dispose d’une capacité historique et patrimoniale que n’avait pas forcément la municipalité d’Orillia au moment de gérer la controverse.
Mais il nuance aussitôt l’idée d’un consensus parfait: «Par tous? Probablement pas, mais la CCN a de meilleures ressources historiques que le conseil municipal d’Orillia.»
«Il faut s’adapter aux époques, conclut Michel Prévost. Les perceptions et les mentalités changent, les sensibilités aussi. C’est important d’être à l’écoute, mais on ne doit pas effacer Champlain, car ce serait effacer l’histoire francophone.»
https://www.ledroit.com/actualites/actua...e-le-retrait-45726T6B5JA3RINNGP3J4SWPXE/