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Rapibus: pas de prolongement avant d’avoir de nouveaux autobus
Par Mathieu Bélanger, Le Droit
30 juin 2026 à 19h00
Ça aura finalement pris 25 ans pour parachever le corridor du Rapibus jusqu’au boulevard de l’Aéroport, tel qu’il avait été promis en grande pompe à la population de Gatineau en 2007.
La direction de la Société de transport de l’Outaouais (STO) a présenté l’étude d’opportunité qui reconfirme les besoins et le tracé optimal de ce dernier tronçon qui avait été retiré du projet par le gouvernement libéral de l’époque en raison des dépassements de coûts.
L’argent prévu pour les travaux a été réservé et confirmé par l’ex-ministre des Transports, Jonatan Julien plus tôt ce printemps.
S’il n’y a pas de sable dans l’engrenage, les travaux du dernier tronçon, entre les boulevards Lorrain et de l’Aéroport, devraient débuter dans quatre ans. C’est le temps qui sera nécessaire pour réaliser l’étude complémentaire, ainsi que les plans et devis.
La mise en service du corridor complet et de ses trois nouvelles stations du Galion, du Cheval-Blanc et de l’Aéroport, est prévue autour de 2033. Le coût des travaux qui s’étendront sur 3,9 km du corridor ferroviaire, est actuellement évalué à 143,6 millions de dollars.
Mais, du sable dans l’engrenage susceptible de retarder le projet, il pourrait y en avoir, affirme le président de la STO, Edmond Leclerc.
La STO a commandé 20 nouveaux autobus qui doivent lui être livrés l’an prochain, et ça, le gouvernement du Québec a décidé de ne pas le financer, explique-t-il. La STO pourrait se voir forcée d’utiliser l’argent réservé pour le prolongement du Rapibus afin de payer ses nouveaux véhicules dont la facture devrait atteindre 37 millions de dollars, avertit M. Leclerc.
«On ne va jamais privilégier des projets d’envergure au détriment de l’achat de nouveaux autobus, insiste le président de la STO. C’est la base, c’est le strict minimum pour une société de transport d’acheter des autobus, surtout quand sa flotte de véhicule doit être renouvelée. On a encore des démarches politiques à faire pour obtenir le financement. Ces autobus sont déjà commandés. Il va falloir les payer.»
La flotte de véhicules de la STO ne rajeunit pas et tourne autour de 12 ans cette année. Cela se reflète dans les coûts d’exploitation de la société de transport. Ce budget en constante augmentation a atteint 25,4 millions en 2025 et devrait atteindre plus de 28 millions cette année. La hausse, explique la STO, est principalement due au vieillissement des véhicules et au prix des pièces de remplacement.
«Ça va prendre d’abord les confirmations du financement pour acheter nos autobus commandés, insiste Edmond Leclerc. […] Ça fait actuellement l’objet de discussions. On peut être optimiste avec les signaux qu’on a, mais, avant d’aller de l’avant avec un appel d’offres [pour le Rapibus] on va attendre d’avoir plus de prévisibilité.»
Une étude, «pas une religion»
Le conseiller désigné de Gatineau Ensemble, Timmy Jutras, et la porte-parole du parti dans les dossiers de transport en commun, Julie Bélisle, ont profité de la présentation sur le Rapibus dans l’est pour à nouveau remettre en question la pertinence d’un tramway dans l’ouest. Ils ont réitéré que l’aménagement d’un Rapibus doit de nouveau être étudié dans ce secteur.
En faisant une règle de trois avec les coûts du prolongement du Rapibus, Mme Bélisle a souhaité démontrer qu’un tel système serait plus économique qu’un tramway. «On est en difficulté et en déficit et on rêve d’un tramway pour desservir un petit secteur d’Aylmer, a-t-elle lancé. Ça me préoccupe.»
Le directeur général de la STO, Patrick Leclerc, a rappelé que dans l’ouest, le nouveau système de transport structurant doit s’intégrer dans un milieu déjà bâti, contrairement au Rapibus qui est aménagé dans une emprise ferroviaire où il n’y a pas d’infrastructures à déplacer. La comparaison ne tient pas la route, selon lui. Les travaux pour un Rapibus dans l’ouest avaient été évalués à près de 2 milliards en 2021, a-t-il noté.
Le président du comité exécutif, Steve Moran, a aussi remis en question le raccourci effectué par Mme Bélisle. «Ça n’a aucun sens à sa face même, a-t-il lancé. Ce sont des calculs faciles, irréalistes et irresponsables. Un service rapide par bus a été étudié [Étude complémentaire publiée en 2023] et ce n’est clairement pas une solution pour l’ouest. Ça peut avoir du sens en surface, mais, dès qu’on commence à creuser, ça ne marche pas du tout. Ce serait de l’argent jeté par les fenêtres. […] Il faut laisser tomber ces équivalences faciles qui ne font pas avancer la discussion, provoquent de faux espoirs et engendrent le cynisme.»
Cette étude «n’est pas une religion», a plus tard répliqué Timmy Jutras. Selon lui, les données sur lesquelles la décision a été prise de proposer un tramway dans l’ouest ne correspondent plus à la réalité. «Ce n’est pas parce que c’est écrit dans une étude que c’est une question de croyance, a-t-il ajouté.
Quant à l’argument de l’autocongestion des autobus qui tend à disqualifier un Rapibus dans l’ouest, M. Jutras a affirmé qu’il est «toujours bien mieux de s’autocongestionner en autobus qu’avec des autos».
Le conseiller désigné de Gatineau Ensemble affirme qu’il se rangera aux conclusions de Mobilité infra Québec si l’agence conclut aussi que l’ouest de Gatineau a besoin d’un tramway. «Mais comment allons-nous le payer? a-t-il de nouveau demandé. Je n’ai pas vu passer de chèque de 8 milliards pour financer un tramway. […] On n’imprime pas d’argent, on n’est pas dans un pays de licornes. Peut-on se poser une question simple à savoir quel type de service on est capable de se payer et qui sera livré le plus rapidement pour répondre aux besoins de l’ouest.»
Le conseiller de Masson-Angers, Michael Korhonen, s’est dit désolé qu’une «bonne nouvelle» pour l’est de Gatineau comme le prolongement du Rapibus attendu depuis près de dix ans soit utilisée par certains de ses collègues pour «parler encore de l’ouest».
M. Korhonen a tenté de ramener le débat sur la suite des choses dans l’est. À son avis, la Ville de Gatineau ne peut pas considérer que le Rapibus est terminé tant qu’il ne permettra pas de desservir les gens situés à l’extrémité de la ville. «Il resterait 18km pour se rendre à Buckingham, a-t-il rappelé. Quel est notre plan pour éviter que ça prenne encore 14 ans avant de desservir ces gens?»
Le conseiller de Masson-Angers n’est pas parvenu à avoir une réponse claire à ce sujet.
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