Mort de Denis Gratton, une grande voix franco s’éteint
Par Mario Boulianne, Le Droit
7 décembre 2024 à 12h37
Sa voix s’est éteinte, mais sa plume vivra à jamais.
Samedi matin, le chroniqueur du Droit Denis Gratton, qui était âgé de 64 ans, est décédé paisiblement à sa résidence du quartier Vanier d’Ottawa, dont il était originaire et où il vivait avec sa conjointe Manon Lajoie.
Ce célèbre Franco-Ontarien, neveu de la grande leader Gisèle Lalonde dont il a souvent parlé, était aux prises avec un cancer virulent depuis plus de deux ans. Son décès a été confirmé par sa famille en début de journée.
Denis Gratton laisse dans le deuil Mme Lajoie, son fils Jean-Michel Gratton, sa bru Karine Gagnon-Cardinal, sa petite-fille Mélodie ainsi que des milliers de lecteurs et lectrices qui l’ont adopté et aimé au fil de ses 32 ans de carrière au quotidien Le Droit.
On venait notamment de lui trouver un troisième cancer et il avait décidé de s’en remettre aux soins palliatifs. Mais il avait insisté pour vivre ses derniers jours chez lui, avec les siens, et non dans un hôpital ou un centre médicalisé de fin de vie.
«La peur de la dernière fois»
Lors d’une longue entrevue qu’il nous a accordée à la fin de l’année 2023, Denis confiait qu’il était à ce moment devant le plus grand défi de sa vie.
Il nous expliquait qu’il affrontait alors un cancer métastatique qui s’était d’abord révélé sur les poumons pour ensuite se propager à plusieurs organes vitaux ainsi qu’au cerveau.
«J’ai été élevé dans la boucane, confiait-il. J’ai fumé, mes parents ont fumé et presque tout mon entourage fumait. Tu sais, je n’ai que moi à blâmer et aujourd’hui, je dois me battre contre cette foutue maladie.»
Lors de cette rencontre dans un petit café du secteur Hull, on sentait que le bagarreur n’avait pas encore jeté les gants.
Lors de cette rencontre dans un petit café du secteur Hull, on sentait que le bagarreur n’avait pas encore jeté les gants.
On ne connait pas encore les détails entourant les funérailles de Denis Gratton. La famille aimerait, pour l’instant, vivre ce deuil dans l’intimité.
«P’tit cul» de Vanier
Comme il aimait le dire, Denis Gratton était un «p’tit cul» originaire de Vanier, petite enclave francophone collée sur Ottawa qui, aujourd’hui, en est devenu un quartier.
Avant de faire ses classes en journalisme, il a œuvré au sein de l’appareil gouvernemental pendant «sept ou huit ans». Toutefois, c’est le journalisme qui le passionne.
Il fait son entrée au quotidien Le Droit d’Ottawa au début des années 1990 comme correspondant régional dans l’Est ontarien. C’est alors qu’en novembre 1993 - à peine deux ans après son arrivée au journal - une opportunité inattendue s’est présentée à lui.
La direction du journal a demandé au jeune journaliste de partir avec les casques bleus canadiens en Bosnie. Après plusieurs discussions avec les patrons du Droit, il est enfin convaincu et accompagne l’armée canadienne. Une mission d’un mois qui a complètement changé la carrière du jeune journaliste.
C’est à ce moment-là que la carrière de chroniqueur a débuté. Il écrit ensuite une chronique hebdomadaire «à la page 8» du quotidien pendant 30 ans.
«J’ai été choyé»
Au fil des ans, il a également produit plusieurs séries «spéciales» de chroniques. On retient notamment Les derniers Canadiens français, publiée en mai 1994; Un franco chez les anglos, en mars 1997, une tournée de l’Ontario dans le cadre de la lutte pour la survie de l’hôpital Montfort et Au pays de Zachary, en août 1999, une couverture du Congrès mondial des Acadiens à Lafayette, en Louisiane, sans oublier ses textes rédigés lors de la couverture de la fermeture de l’hôpital Montfort.
Son rôle dans cette «saga » a permis au quotidien Le Droit de recevoir une mention d’honneur au concours des Prix Michener du gouverneur général du Canada.
De son propre aveu, il a «eu la chance de rencontrer des centaines, voire des milliers de gens extraordinaires qui, par leur histoire, leur vie, leur courage, m’ont tant appris de la vie.»
Denis Gratton a signé sa dernière chronique dans les pages du Droit le 24 mars 2023, à deux jours des 110 ans de son quotidien chéri.
Quelques jours plus tard, la députée libérale d’Orléans, Marie-France Lalonde, lui avait rendu hommage à la Chambre des communes.
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