Des nĂ©gociations lentes, loin dâune pelletĂ©e de terre
Ăric Martel, La Presse
6 mars 2025
Les partisans dâOttawa et de Gatineau devront sâarmer de patience avant de voir un nouvel amphithéùtre des SĂ©nateurs Ă©rigĂ© sur les plaines LeBreton.
En septembre, les SĂ©nateurs dâOttawa obtenaient une entente de principe pour lâachat de ce terrain, situĂ© au centre-ville. La surface de 10 acres appartient actuellement Ă la Commission de la capitale nationale (CCN), un organisme qui assure la gestion des terrains publics dâOttawa.
Cette entente laissait prĂ©sager que les SĂ©nateurs pourraient rapidement acheter le terrain et y construire un nouveau district, dont un arĂ©na, des restaurants et des bars. Il semble quâon est encore loin dâune premiĂšre pelletĂ©e de terre, malgrĂ© lâaccord.
« On a eu une entente, et disons que les rĂšgles ont changĂ© », a laissĂ© planer le propriĂ©taire des SĂ©nateurs, Michael Andlauer, en entrevue avec La Presse. « On essaie de trouver dâautres façons [de sâentendre]. On continue de discuter. »
« Câest Ă©vident pourquoi il nây a pas de nouveaux dĂ©veloppements sur ce terrain depuis 70 ans : la CCN nâest pas aussi impliquĂ©e que les rĂ©sidants de Gatineau et dâOttawa aimeraient quâelle le soit. Ăa nous fait gratter la tĂȘte », avoue-t-il.
QuestionnĂ©s sur leurs dissidences, tant la CCN que Michael Andlauer ont refusĂ© de sâĂ©tendre. « Je ne veux pas trop en parler parce que câest frustrant. Ăa prend tellement de temps », a tranchĂ© M. Andlauer.
« Ils ne sont pas trĂšs pragmatiques dans leur façon de faire. Ils sont idĂ©ologiques, et câest probablement la raison pour laquelle il nây a pas de dĂ©veloppement sur ce terrain-là », a-t-il ensuite dĂ©noncĂ©.
En janvier, le quotidien Ottawa Citizen rapportait que les deux parties nâarrivaient pas Ă sâentendre sur la taille du terrain qui serait cĂ©dĂ© aux SĂ©nateurs et la portĂ©e de la dĂ©contamination quâil serait nĂ©cessaire dây faire.
Long processus
Ă sa sortie dâune assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la CCN, le premier dirigeant de lâorganisme, Tobi Nussbaum, dĂ©voilait quâune entente pour la vente aux SĂ©nateurs pourrait ĂȘtre complĂ©tĂ©e dâici la fin de lâannĂ©e.
« Je suis optimiste quâon puisse faire quelque chose, mais ça ne va pas aussi vite que je lâaimerais », admet Michael Andlauer. « Câest un projet pour la prochaine gĂ©nĂ©ration », laisse-t-il entrevoir.
Pour la communautĂ© dâOttawa et de Gatineau, le dĂ©veloppement des plaines LeBreton reprĂ©sente un vrai feuilleton depuis des annĂ©es.
Un accord de rĂ©amĂ©nagement pour le lot Ă©tait tombĂ© Ă lâeau, en 2019, alors que lâĂ©quipe Ă©tait sous lâĂ©gide de lâancien propriĂ©taire Eugene Melnyk. Ă la suite de son dĂ©cĂšs, en mars 2022, le conseil dâadministration de lâĂ©quipe a signĂ© un protocole dâaccord avec la CCN.
En faisant lâacquisition des SĂ©nateurs, en 2023, Michael Andlauer a du mĂȘme coup acquis ce protocole dâaccord.
« Jâai rapidement rĂ©alisĂ© que ce nâĂ©tait pas une entente qui avait de lâallure. On proposait un terrain qui nâavait pas assez dâespace pour un stationnement. CâĂ©tait un rideau de fumĂ©e pour vendre lâĂ©quipe », reproche M. Andlauer.
Des voisins attentifs
De lâautre cĂŽtĂ© de la rive, les Gatinois suivent le dossier avec intĂ©rĂȘt. Le site oĂč se trouverait le nouvel amphithéùtre des SĂ©nateurs nâest quâĂ un kilomĂštre et demi de la frontiĂšre gatinoise, Ă partir de la traverse des ChaudiĂšres. En revanche, il faut parcourir actuellement plus de 25 kilomĂštres pour se rendre au Centre Canadian Tire, situĂ© en banlieue dâOttawa, Ă Kanata.
Pour la mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, lâarrivĂ©e potentielle des SĂ©nateurs Ă la frontiĂšre « reprĂ©sente une opportunitĂ© immense » de dĂ©veloppement du centre-ville de Gatineau. Celui-ci a Ă©tĂ© durement affectĂ© par la pandĂ©mie.
Entre 2016 et 2021, le nombre de travailleurs y a diminué de plus de moitié, une réduction attribuable à la généralisation du télétravail, selon une étude menée par le Laboratoire de données sur les entreprises de la Chambre de commerce du Canada.
« Ultimement, notre but est que cette relation-là aide au développement de nos infrastructures et mÚne à du développement économique », explique-t-elle.
La Ville de Gatineau revoit prĂ©sentement le zonage de son centre-ville, en prĂ©vision de lâarrivĂ©e dâun tramway. Celui-ci se rendrait jusquâaux plaines LeBreton.
En revanche, se dĂ©placer jusquâĂ lâactuel arĂ©na des SĂ©nateurs en transport en commun Ă partir de Gatineau relĂšve du marathon. Selon leur localisation dans la ville, le trajet Ă lâaller peut prendre entre une heure et deux heures et demie, sâil est mĂȘme rĂ©alisable.
La plupart des spectateurs optent donc pour la voiture, faute de solutions de rechange. Ils doivent composer avec les immenses bouchons qui se crĂ©ent devant le Centre Canadian Tire, Ă partir de lâautoroute.
« Ă chaque fois que tu veux assister Ă un match, tu dois attendre dans ton auto pendant 15 Ă 20 minutes, en voyant lâarĂ©na au loin, parce que tu es complĂštement coincĂ©. Et câest encore pire en sortant », nous explique le partisan des SĂ©nateurs Guillaume Bisson.
« Si lâarĂ©na Ă©tait plus prĂšs, tu pourrais regarder si des billets sont disponibles les soirs de match et y aller Ă la derniĂšre minute. Mais avec lâemplacement actuel de lâarĂ©na, câest juste impossible », ajoute un amateur de hockey de la rĂ©gion, Charles-Ătienne Leclair-Therrien.
Un autre partisan, Nicolas HuppĂ©, a carrĂ©ment arrĂȘtĂ© de renouveler son abonnement de saison, car il trouvait la route vers lâamphithéùtre trop compliquĂ©e.
« Il fallait que je parte Ă 17 h et que je revienne vers 23 h 30 Ă la maison. Ce nâest pas Ă©vident quand tu travailles tĂŽt le lendemain matin. AprĂšs deux ans, je me suis dit que câĂ©tait assez », explique-t-il.
MĂȘme sâil milite pour la venue des SĂ©nateurs sur les plaines LeBreton, Michael Andlauer dĂ©fend lâemplacement actuel du club. « Ce nâest pas aussi loin quâon le pense », assure-t-il.
« Si tu habites Ă Dorval et que tu vas au match au Centre Bell, ça peut prendre 30 Ă 45 minutes te rendre, et tu nâas pas encore trouvĂ© de stationnement », raisonne-t-il.
Loin ou pas, lâemplacement de lâarĂ©na des SĂ©nateurs fait jaser depuis le retour de la franchise dans la LNH, en 1992. Mais dans les gradins, les dĂ©bats seraient-ils aussi houleux si, sur la patinoire, lâĂ©quipe avait connu plus de succĂšs ?
Le descripteur des matchs Ă la radio locale, Unique FM, Nicolas St-Pierre, nâen est pas convaincu. « Oui, il y a peut-ĂȘtre des gens qui lĂšvent le nez sur cette Ă©quipe parce quâelle est trop loin. Mais quand elle Ă©tait lâune des meilleures formations de la ligue au dĂ©but des annĂ©es 2000, je nâentendais pas grand monde rabrouer lâorganisation lĂ -dessus », rappelle-t-il.
« On est mieux de vivre avec, parce quâentre aujourdâhui et la journĂ©e oĂč ils vont jouer leur premier match dans leur nouvel arĂ©na, il faudra attendre au bas mot une dĂ©cennie. »
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