Le futur centre-ville dans la mire des experts
Des universitaires se prononcent
par Stéphane St-Amour - Courrier Laval, le 16 mars 2008
Les universitaires Jacques St-Pierre, Paul Lewis et Gérard Beaudet posent tous un regard critique à l’égard du pôle Montmorency autour duquel s’articule le centre-ville qui a toujours fait cruellement défaut à Laval.
Sollicités par le Courrier Laval, tous s’entendent pour dire qu’il importe de densifier l’habitat urbain au pourtour d’une station de métro afin de rentabiliser ces infrastructures de transport en commun implantées au coût de centaines de millions de dollars.
En pareil cas, la règle d’or en matière d’urbanisme tient en trois lettres: TOD. Il s'agit d'un acronyme de l’expression anglaise Transit Oriented Development désignant une mixité d’usages à la fois résidentiel, institutionnel et commercial à haute densité et dont l’accès et les déplacements favorisent les modes alternatifs à l’automobile autour d'un pôle de transports collectifs (voir autre texte à la page A4). Un concept qui guide d’ailleurs les actions de l’administration municipale dans la foulée de la revitalisation des vieux quartiers avoisinant les stations de métro de la Concorde et Cartier.
Gaspillage
Pourtant, à un jet de pierre à l’ouest de la station terminale Montmorency, un développement commercial s’étend sur un seul niveau en plus de prévoir plus de 800 cases de stationnement au niveau de la rue.
«Je pense qu’on n’a pas compris le message, puisqu’on favorise toujours un modèle traditionnel d’espace commercial avec l’auto comme pivot», lance Jacques St-Pierre, titulaire de la chaire SITQ immobilier et professeur à l'école des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM).
«Dans le monde entier, les stations [de métro] polarisent une densité d’occupation. Le secteur résidentiel a compris ça en construisant en hauteur, mais il faut que le commercial et l’institutionnel fassent de même. Ils n’ont pas le choix, autrement c’est du gaspillage d’espace, d’investissement et d’énergie urbaine. Faut que ce raisonnement-là s’installe!» poursuit M. St-Pierre.
Directeur de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, Gérard Beaudet abonde dans le même sens, à savoir la nécessité de développer un nœud très dense directement sur la tête de pont. «Aussitôt qu’on sort du méga îlot, on est dans du très standard avec des bâtiments commerciaux d’un seul étage et beaucoup de stationnements.» M. Beaudet déplore que l’effet de nœud de transport s’estompe aussi rapidement: «Le principe vise à créer un marché pour le transport en commun et l'intermodalité à mobilité douce, de préférence en mode piétonnier dans un périmètre de 400 mètres».
Pas d’intérêt pour y vivre
Même son de cloche du côté de Paul Lewis, urbaniste commercial de l’Université de Montréal, spécialisé en revitalisation des artères commerciales et des centres-villes: «C’est un peu paradoxal de prétendre faire un TOD et en même temps faire autant de stationnements.»
Ce dernier rappelle qu’une meilleure utilisation de l’espace commandait un stationnement étagé aérien ou souterrain. «Si la seule chose qu’on peut faire c’est du stationnement, ça prouve simplement qu’il n’y a pas d’intérêt pour les Lavallois de vivre à côté d’une station de métro», en déduit M. Lewis. Il en donne pour preuve le projet en copropriété d’Urbania dont la mise en chantier remonte à 2003 et qui voisine directement avec la station Montmorency. «Ça ne lève pas!» dit-il, ajoutant que ceux qui choisissent de s’établir à Laval le font pour l’espace et le terrain que procure la banlieue. «Quant à vivre tassé [près d’une station], aussi bien d’aller vivre sur le Plateau, dans la Petite-Italie, près du marché Jean-Talon ou dans le Mile End», enchaîne l’enseignant universitaire, faisant valoir que ces quartier montréalais offrent un voisinage, une qualité de vie et un environnement nettement plus stimulant que du stationnement à perte de vue et toute la circulation que cela implique.
Toujours selon Paul Lewis, «le marché pour la forte densité, ce n'est pas en banlieue qu'on le trouve, mais dans les quartiers centraux».
Source
http://www.courrierlaval.com/article...s-experts.html